Comment l’internet modifie notre cerveau

14 Nov

Version française: l’Internet rend-il bête?

Je vous recommande fortement le livre
« The Shallows. » de Nicholas Carr.

Son texte est truffé d’anecdotes historiques et scientifiques captivantes qui amènent le lecteur à saisir et assimiler les concepts qu’ils exposent.

Toutefois, vous pouvez uniquement jeter un coup d’oeil rapide sur le résumé ci-dessous et laisser de côté son long texte nuancé.

(Note au lecteur : la traduction des extraits du livre est libre et non officielle.)

Qui joue dans mon cerveau?

Nicolas Carr a toujours été un grand utilisateur des nouvelles technologies. Il était accro aux nouveaux médias (blogue, Twitter, Facebook) et à la rapidité de la recherche sur l’internet. Pourtant, en 2007, Carr a eu l’impression désagréable que « quelqu’un ou quelque chose bricolait (…) son cerveau  » (p.5). Il a commencé à s’inquiéter que son utilisation de l’Internet avait changé la façon dont son cerveau traitait l’information.

La pensée « Staccato »

Nicolas Carr et plusieurs autres blogueurs avaient remarqué qu’ils avaient de plus en plus tendance à parcourir rapidement et de façon très superficielle les textes qu’ils lisaient. De plus, ils perdaient patience lors de la lecture de longues dissertations nuancées. Nicolas Carr constate : « ma concentration commence à dériver après une page ou deux. Je deviens agité, et je perds le fil. Je commence à chercher quelque chose d’autre à faire (p.7). » D’autres blogueurs éprouvent la même sensation et l’un d’eux la décrit comme la pensée « staccato ».

“Nos outils d’écriture participent à l’éclosion de nos pensées”

Nietzsche

Nicolas Carr plaide que le cerveau humain a changé au fil du temps avec les différentes innovations technologiques telles que l’alphabet, la cartographie, l’horloge mécanique, la presse, et l’ordinateur. Il ajoute que les découvertes récentes en neuroscience prouvent que les outils que nous utilisons redirigent nos circuits neuronaux et changent ainsi notre façon de penser et de travailler. (Les exemples qu’ils donnent sont fascinants.)

L’Internet: un autre tournant dans l’histoire

L’internet est une innovation technologique qui altèrera foncièrement notre cerveau. C’est un outil idéal pour la réassignation ses circuits. Nicolas Carr explique que l’internet apporte précisément le genre de stimuli sensoriels et cognitifs — répétitifs, intensifs, interactifs, addictifs qui peuvent entraîner une forte et rapide modification des fonctions et des circuits du cerveau (p.116).

L’esprit distrait du cliqueur de liens

Les hyperliens, l’interactivité, la recherche, le multimédia ainsi que la quantité d’information disponible sont les raisons principales qui attirent la plupart d’entre nous à utiliser l’internet. Ainsi, lorsque nous allons en ligne, nous entrons dans un environnement qui favorise la lecture rapide, la pensée distraite et l’apprentissage superficiel.

Il démontre comment l’Internet remplace l’esprit linéaire du lecteur de livre avec l’esprit distrait du cliqueur de liens. Il complète sur la façon dont l’Internet modifie la mémoire et le discernement des utilisateurs (p.177).

Les hyperliens: un exemple d’interruption

Contrairement à ce que l’on croyait, l’ajout d’hyperliens nuit à la compréhension et à la mémorisation de l’information. En ajoutant un lien hypertexte, nous encourageons les lecteurs à cliquer et à recueillir davantage d’informations provenant d’autres sources.

Le fractionnement de leur exposition au premier contenu, diminue la capacité du lecteur à vraiment comprendre l’information. De plus, en présence d’hyperliens le lecteur doit décider s’il y a lieu de suivre ce lien. Cette décision intercepte une partie de l’attention du cerveau et ainsi limite sa concentration et sa compréhension.

Google: une entreprise de distraction

Chaque clic que nous faisons sur le Web marque une rupture dans notre concentration. Et, il est très profitable économiquement pour Google que nous cliquions aussi souvent que possible. (p157). Une réflexion lente et concentrée du lecteur n’est donc pas dans l’intérêt de Google.

Ainsi, Google ou Facebook feront tout en leur pouvoir pour mettre l’accent sur l’immédiateté et la connectivité en fournissant un flux sans fin de mise à jour en temps réel. Par ailleurs, ils s’assureront de l’augmentation constante de la rapidité et de la pertinence des informations fournies. La seule façon de faire face à une surcharge d’information sera d’intensifier notre lecture superficielle et hâtive d‘extraits de textes de plusieurs sources.

Un esprit équilibré

Nicolas Carr observe que « Le développement d’un esprit bien équilibré exige à la fois une capacité de trouver et d’analyser rapidement un large éventail d’informations ainsi qu’une capacité de réflexion. (…) Le problème aujourd’hui est que nous perdons notre capacité à trouver un équilibre entre ces deux états très différents de l’esprit. Mentalement, nous sommes dans une locomotion perpétuelle ».

Est- ce que notre capacité de faire plusieurs tâches simultanément est véritablement un attribut positif?
L’efficacité vient-elle plus de notre capacité à contrôler notre attention et à maintenir notre concentration?
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4 Réponses to “Comment l’internet modifie notre cerveau”

  1. magabout novembre 26, 2012 à 2:53 #

    Bonjour Sophie,
    Ton résumé m’invite à vouloir en savoir plus sur les constats de Nicolas Carr. Cela me rassure en me confirmant que mon cerveau a encore le désir de s’attarder à de plus longs écrits. Je m’inquiète lorsque je lis que: « Nos outils d’écriture participent à l’explosion de nos pensées. » Nous sommes à l’ère des textos et des chat room. Nos écrits sont de plus en plus courts et composés de symboles. Est-ce que le livre de Carr aborde cet élément? La multitude d’information que l’on retrouve sur Internet nécessite certes un esprit équilibré afin de s’y retrouver et de pouvoir juger de la qualité des écrits qui se trouvent sur les pages lues. Cependant, je crois que ce n’est pas seulement un esprit équilibré qui aidera à comprendre la qualité du contenu mais également l’architecture de l’information. Les divers sites sont présentés sous plusieurs formes aux internautes et comme tu l’as mentionné, avec des hyperliens qui peuvent nous faire oublier le but de notre recherche. Est-ce que Carr s’attarde dans ses écrits aux type d’interfaces présentées aux lecteurs? Notre compréhension et capacité de retenir l’information est très sensible à cette architecture.

    • sophiebeique décembre 4, 2012 à 3:36 #

      Merci pour ton commentaire
      En réponse à ta question, je ne crois pas Carr s’attarde dans ses écrits aux type d’interfaces présentées aux lecteurs comme nous en avons discuté en classe.

      Si tu es intéressé à en savoir plus sur les phénomènes décrits par Carr dans son livre, Marie-France Bazzo a fait une émission suite à la traduction du livre de Carr : http://bazzotv.telequebec.tv/occurence.aspx?id=930.

  2. domeunier1 novembre 27, 2012 à 3:11 #

    Salut Sophie,

    Ouff, ton résumé m’a fait un peu peur au début lorsque je constate qu’en effet, je ressens la même impatience à lire de long texte sur le web. On dirait que lorsque je suis en mode lecture en ligne, je m’attends à lire de courts extraits, avec des gros titres, des liens, des images et non à m’attarder dans un récit littéraire. Misère, je crois que je suis déséquilibrée! En fait, le web est pour moi, une source d’information avant tout et c’est pourquoi je suis impatiente de trouver l’information recherchée et c’est peut-être une des causes de mon déséquilibre. Mais comment trouver l’équilibre pendant la lecture entre la réflexion à avoir et les informations à absorber?

    Tel qu’élaboré dans un des premiers cours, on est passé d’une rareté à une sur abondance de l’information. Avant, les gens étaient bien « intelligents », « éduqués » et « cultivés » en considérant la quantité d’informations qu’ils connaissaient et dont ils se souvenaient, par apprentissage à l’école ou par nos parents. Maintenant, wow, c’est Google qui fait tout le boulot en nous sortant les réponses en 3 clics et parfois, nous absorbons la réponse sur le fait mais est-ce que notre cerveau l’enregistre vraiment? Allons-nous nous souvenir de la réponse dans quelques années? Faisons nous partis des générations paresseuses qui se contentent de quelques clics pour s’éduquer? Et comment réagiront les générations de demain?

    • sophiebeique décembre 4, 2012 à 3:49 #

      Merci pour ton commentaire
      Nous gagnons en efficacité dans plusieurs tâches. Toutefois, comme notre attention est dispersée, notre capacité de concentration et notre mémoire sont en chute libre en ligne et hors ligne selon moi. 

      Je crois aussi que nous perdons confiance en nous. Nous devons de plus en plus valider avec notre grand gourou Google avant de prendre une décision. Et ça c’est aussi un grand changement!

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